Alliance Renault/Nissan sous l’angle du jeu

Comme l’a souligné très justement Mohammed ALAMI dans son excellent billet consacré au commerce de la mode, depuis que John Von Neumann et Oskar Morgenstern ont appliqué la théorie des jeux à l’économie, de nombreuses applications et travaux de recherches ont été publiés notamment pour décrire des relations économiques sous la forme de jeux stratégiques. En effet nous pouvons utiliser la théorie de jeux pour étudier les comportements stratégiques des entreprises sur un marché tels que la coopération, la rivalité, l’achat d’un concurrent, etc. La théorie des jeux permet finalement pour une entreprise de répondre à la question : comment trouver la bonne stratégie et prendre les bonnes décisions face à un environnement d’interdépendance stratégique?

Le secteur de l’automobile est un secteur de plus en plus concurrentiel, où les prix ne cessent de baisser, alors que les coûts de construction des voitures de plus en plus performantes, ne cessent d’augmenter. A cela s’ajoute une législation de plus en plus contraignante, notamment en matière de protection de la planète. Dans ce contexte, l’industrie automobile est un secteur ou les entreprises doivent prendre très souvent des décisions stratégiques de type : dois-je baisser mes prix ? Ou au contraire dois-je les augmenter ? Dois-je augmenter mes investissements en publicité ? Dois-je essayer de racheter mon concurrent ? Dois-je abandonner un segment d’activité ? etc.

Toutes ces décisions des entreprises peuvent représenter un jeu entre 2 ou plusieurs firmes qui implique pour chaque décision des coûts, des bénéfices ainsi que l’existence d’une stratégie dominante. Ainsi pour illustrer cette affirmation, nous allons nous intéresser à l’alliance Renault/Nissan conclue en mars 1999. Si on revient un peu en arrière, en 1996 Renault accusait 5 millions de francs de pertes et se retrouvait dans une situation de faiblesse face à un environnement de plus en plus concentré. Il était donc primordial pour Renault de réagir. Pour contrer cette situation il a dû évoluer et adopter une stratégie de fusion-acquisition. Son choix s’est orienté vers une alliance avec Nissan.

Cette alliance avait pour but de réduire les coûts, d’améliorer la qualité des produits, de développer ses parts de marché à l’international et de redresser Nissan. Cette fusion a été pensée car les deux firmes étaient assez complémentaires. Nissan maîtrisait la qualité, les délais de production de nouveaux modèles, lorsque Renault se retrouvait face à un manque de qualité produits, et un manque de productivité de ses usines. A l’inverse, Renault était apte à créer des produits et des styles innovants, créatifs et imaginatifs, alors que chez Nissan on dénotait un manque de personnalité et un renouvellement trop lent de la gamme.  Toutefois cette alliance comportait également des coûts importants pour Renault notamment du fait du fort endettement de Nissan et de sa situation de sureffectif. Cela demandait également un effort d’adaptation très important du fait de la différence de cultures d’entreprises, de l’éloignement géographique et de la barrière de la langue.

Avant cette alliance, Renault avait deux options, soit continuer de se développer seul soit recourir à un partenaire extérieur. Ainsi nous pouvons modéliser les choix de Renault selon la théorie des jeux de la manière suivante : 

 

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Ainsi, on peut en déduire que cette stratégie de développement était cohérente et pertinente pour les deux constructeurs. Les deux joueurs disposaient d’une stratégie dominante. L’équilibre de Nash a conduit au choix d’une alliance par les deux entreprises. Aujourd’hui, 10 ans après, le bilan de cette alliance est plutôt positif : le groupe Renault/Nissan atteint une part de marché mondiale de 9% (en volume), a une présence significative sur les grands marchés mondiaux (États-Unis, Europe, Japon, Chine, Inde, Russie) et le redressement de Nissan a bien fonctionné. Toutefois aujourd’hui, dans un contexte économique morose pour l’industrie automobile, d’autres défis attendent Renault et Nissan et d’autres décisions stratégiques vont s’imposer à eux  dans un futur très proche. Peut être que le succès de ce rapprochement, alors que de nombreuses fusions ont échoué dans ce secteur, pourrait servir de modèle aux futures restructurations de l’industrie automobile à l’heure où la course à la taille critique apparaît de plus en plus comme vitale.

 

Références :

1. http://www.renault.com/FR/GROUPE/L-ALLIANCE-RENAULT-NISSAN/Pages/l-alliance-renault-nissan.aspx

2. http://www.jdf.com/societes/2009/02/02/02035-20090202ARTJDF00021-renault-baisse-de-des-immatriculations-en-janvier.php

3. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibre_de_Nash

4. La théorie des jeux et les outils d’analyse des comportements stratégiques, Thierry Penard, Université de Rennes 1, CREM, Octobre 2004

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