Coopération stratégique au sein des banques canadiennes

La théorie des jeux en économie se veut la formalisation des choix stratégiques de deux ou plusieurs concurrents au sein d’un même marché. Le but du jeu est évidemment de maximiser les gains. En évoquant cette théorie, nous pensons d’emblée à une vive compétition entre tous les joueurs qui, dans une dynamique d’optimisation de leurs gains, ont comme objectif l’échec du compétiteur.

Cette façon de voir les choses a ralenti l’implantation des banques virtuelles aux États-Unis au tournant des années 2000. “Ce qui s’est produit aux États-Unis est une guerre interne et continuelle pour obtenir les ressources et les clients. Ceci a nui à la capacité d’établir une stratégie” explique James Cerruti un financier professionnel qui a travaillé pour les 4 plus grandes banques canadiennes [1]. Nous pensons en effet moins souvent à la coopération des différents joueurs, qui se solde par un bénéfice pour tous.

Voici en quoi les banques canadiennes ont su orchestrer leurs efforts pour maximiser les gains de tous et permettre l’éclosion, voire la banalisation des opérations bancaires en ligne.

Solution viable et sécuritaire

Les banques canadiennes ont toutes su comprendre dès le départ que l’effort en ligne devait se baser sur l’expérience et la notoriété hors ligne. Une campagne agressive de promotion a permis aux solutions électroniques des grandes banques de gagner en popularité et de jouir de la confiance que les usagers avaient déjà envers les institutions physiques [Id.]. C’est donc ensemble que les banques canadiennes ont pu former l’opinion publique et ainsi bénéficier de l’impact d’une telle promotion commune.

Coentreprises canadiennes

Devant un marché bancaire canadien toujours plus compétitif, l’ultime décision coopérative serait une fusion. L’ancien ministre des Finances, Paul Martin, avait refusé en 1998 deux fusions impliquant 4 des 5 grandes banques canadiennes [2]. Ceci a laissé la voie libre à d’autres types de collaboration, la coentreprise notamment. Dans le domaine électronique, la CIBC, BMO, et TD (Desjardins plus tard), se sont entendus en 2002 pour former ce qui allait devenir le plus gros service de virements de fonds par courriel au monde [3]. Plus récemment, la RBC et BMO ont formé Moneris, la plus grande société de traitements de paiements au Canada [Id.].

Une compétition malgré tout

Malgré l’effort de coopération des banques canadiennes sur quelques fronts, il n’en reste pas moins que le marché des banques en ligne est extrêmement compétitif et que chacun regarde à ses propres intérêts avant tout. Le Canada contient très peu de joueurs dans le marché bancaire comparativement aux États-Unis. Il en découle une compétition féroce entre tous ces joueurs, et ainsi un joueur donné ne peut se permettre de ne pas offrir le service de l’un de ces concurrents. Il y a donc une chaîne d’actions/réactions, une sorte de jeu séquentiel de durée indéterminée. Ce secteur ultracompétitif jouit d’une très bonne connaissance de ses clients (customers analytics), ce qui est déterminant pour attirer ses clients en ligne [1]. Ce “customers analytics”, toujours dans une perspective de la théorie des jeux, est l’information du jeu, plus ou moins complète pour chacun des joueurs. Plus d’information sur la concurrence entre les banques canadiennes dans mon ancien billet.

Sans les décisions de coopération que les banques canadiennes ont prises au milieu des années 90, le secteur financier canadien en ligne ne serait probablement pas le plus utilisé au monde aujourd’hui [4].

[1] Why Canada Wins In Online Banking, Janet Bigham Bernstel; Phillip Swann, ABA Bank Marketing; May 2002; 34, 4; ABI/INFORM Global, pg. 12
[2] Wikipedia: Big Five (Banks)
[3] Overview: Competition and cooperation
[4] Canada Leads World in Online Banking Usage

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