Des attaques “mobiles” chez les banques africaines!

mobile paymentLes fonctionnalités que permettent les applications mobiles de paiement bancaire constituent actuellement le nerf de guerre de plusieurs institutions bancaires africaines. D’un point de vue plus théorique, il est facile de voir en cette réalité concurrentielle certains éléments propres à la théorie des jeux, qui, tel que mentionné par mon collègue Mathieu Hanna dans son plus récent billet, « se veut la formalisation des choix stratégiques de deux ou plusieurs concurrents au sein d’un même marché ».

En effet, il semble que les paiements mobiles constituent la nouvelle frontière stratégique des banques et des établissements financiers de l’Afrique francophone. Et pour cause : avec son très faible 5%, l’Afrique possède un des plus bas taux de bancarisation au monde, là où certains pays industrialisés affichent des taux oscillants les 99%! Supporté par la forte croissance du taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le contient (58,5% en 2008 contre seulement 25% en 2000), les opportunités du paiement mobile représente pour de multiples joueurs un élément de différentiation et de fidélisation majeur dans le marché en essor mais encore inexploité qu’est celui de l’Afrique.

Conséquemment, tel que mentionné dans le billet de mon collègue Mark Kwan, il en résulte un « virage stratégique pris par les acteurs du marché dans le but de s’adapter le plus rapidement au changement d’environnement et prendre ainsi de vitesse la concurrence ». Ainsi, le paysage bancaire africain est depuis peu complètement bouleversé par les multiples attaques et ripostes des plus importants joueurs du marché. À tour de rôle, ces derniers tentent de séduire les consommateurs en intégrant le paiement mobile à leurs propres stratégies, ce qui présentement semble être l’élément clé permettant des recettes supplémentaires et des gains de nouveaux usagers.

Ainsi, afin de se démarquer et d’être les premières à saisir les avantages concurrentiels que procurent le virage mobile, les filiales du groupe BNP Paribas en Côte d’Ivoire et au Sénégal ont développé des partenariats stratégiques et exclusifs avec la compagnie de télécommunications Orange, visant la création de services de paiements mobiles par le biais de la Orange Money.

Quant à elles, la Versus Bank et la BIAO ont conclu une entente visant l’utilisation d’une carte à puce prépayée et d’un produit de paiement mobile avec Etranzact, une société spécialisée dans les plate-formes de paiement électronique.

Enfin, de son côté, en s’associant avec MoneyGram, la société Express Union s’est accaparée le titre de la première banque d’Afrique à offrir à ses clients une solution de transfert d’argent sans déplacement, possible grâce à la technologie SMS.

Bref, dans le contexte très ouvert et encore risqué que représente le marché bancaire africain, les gros joueurs semblent, malgré des stratégies d’association et de partenariats différentes, converger vers un stratagème commun: éviter la marginalisation.

– Pierre-André

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3 Commentaires »

 
  • mathieu hanna says:

    Sujet original! Je suis toujours épaté par l'utilisation africaine des technologies que l'on considère comme communes ici. Ton blog post me fait penser à un article sur la fragilité du réseau cellulaire en Afrique (et le coût super élevé des SMS) http://venturebeat.com/2009/09/25/africas-sms-cri... Ça aura surement une incidence sur le développement du mobile banking …

  • Dejan says:

    Pour les personnes qui suivent l’évolution du marché du paiement mobile dans le monde, on ne peut pas s'empêcher de remarquer que le rythme auquel les initiatives sont lancées est très élevé.
    Une grande partie des nouvelles initiatives est lancée en Afrique. Jusqu'à récemment, seule la solution "M-Pesa" et une demi-douzaine d'initiatives en l'Afrique du Sud étaient disponibles sur ce continent. Cependant, seulement en 2009, sept nouvelles initiatives ont été lancées, dont trois au Kenya (Orange, Zap, et le mBanking Standard Chartered). L'émergence de moyens de paiement mobile au Kenya n'est pas une surprise. Le succès du fameux M-Pesa a montré qu'il existait une réelle opportunité de marché pour les transferts de fonds par mobile dans des pays qui sont mal desservis mais qui connaissent une forte pénétration du téléphone mobile. Les initiatives lancées en Afrique sont toutes destinées à bancariser la population non-bancarisée. D'autres initiatives en Asie (Cambodge, Mauritanie, Oman et Qatar) ont le même objectif. Globalement, ces initiatives sont basées sur du "SMS-mobile banking" , la majorité des nouvelles initiatives étant basée sur la technologie SMS.
    Malgré le fait que certaines initiatives de paiement mobile ne parviennent pas à décoller et à satisfaire les attentes des utilisateurs, les fournisseurs de solutions paiement mobile et les banques ne semblent pas présenter de signes d'hésitation à lancer de nouveaux projets car cela semble être un marché d'avenir.

    Dejan

  • Yaovi Gnamassou says:

    Je trouve le sujet bien original. Quant à ce nouveau créneau de payement " mobile " qu'offrent les banques africaines, l'avenir nous dira, sûrement, si c'est bien porteur. Toutefois, à cause du coût assez élevé de la téléphonie mobile en Afrique, du monopole de ce secteur dans plusieurs pays de la région, et de la mentalité réticente de plusieurs populations, j'ose croire que ça ne prenne beaucoup de temps, avant que ce nouveau procédé de payement ne s'installe dans les habitudes africaines. Au final, nous pouvons espérer une évolution positive, vu que la technologie finit par s'imposer partout où elle s'annonce.

 

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