Facebook, précurseur du nouveau crack économique des dotcoms?
Posted by Didier Bétournay on décembre 9th, 2007
Tous les internautes sont au courant, Microsoft a acheté 1,6 % des actions de Facebook pour la rondelette somme de 240 millions de dollars. Peut-on en conclure que nous sommes à l’aube de revivre l’éclatement de la bulle de 2000?
Bien que la somme payée par Microsoft semble astronomique, c’est plutôt la perspective de la valeur hypothétique totale de Facebook, évaluée à environ 15 milliards, qui pose un sérieux problème de perception. Considérant la participation d’environ 47 millions d’utilisateurs sur Facebook actuellement, certains ‘’experts de l’information’’ vont jusqu’à présumer que chaque utilisateur de cet outil de divertissement vaudrait plus de 300$.
La bulle des médias
La valeur de quelque chose, peu importe l’objet, le service ou même l’idée, ne s’évalue pas en additionnant des chiffres ou des colonnes. Il est vrai qu’une étude de marché, ou encore l’addition des coûts de production et des risques encourus peut aider à estimer la valeur potentielle de ce quelque chose. Cependant, la valeur réelle d’un objet se trouve toujours simplement en découvrant le montant le plus élevé qu’une personne ou une société est prête à payer pour cet objet. C’est la règle d’or de tout vendeur : un produit vaut ce que le client est prêt à payer. Facebook ne vaut pas 15 milliards, car personne ne serait prêt à payer ce prix pour en faire l’acquisition. Cette désinformation, amplement diffusée par les médias, a grandement contribué à l’augmentation de la perception de l’achat inconsidéré et donc de l’anticipation d’un parallèle entre le crack des dotcoms de 2000.
Les gens de Microsoft savent se qu’ils font.
De penser que le consortium de Microsoft, incluant Bill Gates, le CEO Steeve Ballmer (la 31e personne la plus riche du monde) et une équipe d’élite mondiale en placement, en économie et en stratégie pourrait prendre la décision de dépenser 240 millions sur un coup de tête sans tenir compte des conséquences d’une telle action sur leur propre marché, semble pour moi très improbable. Microsoft a connu le crack des dotcoms, il en a analysé toutes les causes probables et les conséquences, tant pour le marché numérique dans son ensemble que pour ses propres parts de ce marché. Il est évident que l’achat d’un site où la technologie n’a pas encore atteint son plein potentiel est risqué. Cependant, je crois que Microsoft possède assez de génie pour rentabiliser cet achat.
Un ROI sur 240 millions?
Bien entendu, il aurait fallu être au meeting de Microsoft pour comprendre tous les dessous de l’affaire. Par contre, il y a des facteurs clefs qui profitent à Microsoft suite à cette transaction :
1 Se procurer une base de donnée unique
Selon les contraintes légales à laquelle vous consentez en vous inscrivant sur le site, FaceBook possède pratiquement tous les droits d’exploiter vos informations à sa guise. Nous ne parlons pas ici seulement de votre nom, votre localisation et votre occupation, mais aussi bien de vos goûts, de vos habitudes d’achat, de votre réseau d’amis, des films que vous consommer et même de votre préférence à être un pirate, un Jedi ou un zombie bref, de tout ce que vous pouvez écrire, cliquer et envoyer sur Facebook.
2 Copier la stratégie de profitabilité de Google.
Bien que la pratique de la publicité sur Facebook ne soit pas identique aux processus de rentabilité de Google adsence et adwords, il n’en reste pas moins que l’extrême profitabilité du principe de Google réside dans le placement média. Un produit peut toujours trouver preneur, peu importe le produit. La difficulté est toujours de trouver ce consommateur. En exploitant sa nouvelle base de données, Microsoft pourra segmenter sa clientèle comme jamais et ainsi vendre le bon produit à la bonne personne.
3 Développer un banc d’essai de publicités ciblées
Les utilisateurs de Facebook sont jeunes et friands de nouveautés. Avec la possibilité de rejoindre 47 millions de personnes et d’analyser les pratiques les plus efficaces, Microsoft pourra comprendre les particularités des groupes sur Facebook, connaître de quelle manière il peut profiter de votre cercle d’amis et finalement développer des pratiques publicitaires extrêmement efficaces qu’il pourra ensuite adapter à ses autres marchés.
4 Mousser Facebook
Les trois points précédant semblent démontrer que le but de Microsoft n’est pas de contrôler les pratiques de Facebook qui doivent, pour continuer à gagner en popularité, rester libres de se développer par elles-même. Avec une annonce de l’achat de 50% des actions de Facebook, par exemple, les habitudes des utilisateurs de Facebook auraient pu changer, de crainte d’utiliser un autre produit provenant du « méchant » Microsoft. Cependant, 1,6% des actions de Facebook représente un trop petit nombre pour faire peur aux internautes et changer leurs habitudes. De plus, en annonçant une si grosse somme pour une si petite part d’actions, Facebook a profité d’une publicité monstre de la part des médias sur sa « valeur » potentielle.
Il faut donc comprendre que Facebook a bel et bien été acheté par Microsoft pour une somme très importante. Cependant, il faut aussi comprendre que Microsoft a acheté 100% de la valeur potentielle de Facebook.
Références :
http://www.wired.com
http://www.emarketer.com
http://blogs.indiewire.com
http://advertising.microsoft.com







