Google, le bon souverain du net
L’entente possible entre Google et Yahoo sur le placement publicitaire en ligne pourrait affecter négativement l’image de marque de la compagnie de Mountain View. En effet, suite à cette entente Google aurait 90 % du marché du « paid search » et se trouverait en situation de monopole [1]. Selon certains, la compagnie pourrait se trouver en situation de contradiction avec son mantra «don’t be evil». Cependant, pour savoir si la perception du public s’érodera, il ne faut pas s’attarder sur la taille, mais sur le comportement d’une compagnie. Deux voies sont possibles : être un géant bienveillant ou un tyran.
Apple, Microsoft et Google contrôlent tous d’importants environnements numériques (OS X et iTunes pour Apple, Windows pour Microsoft et la recherche en ligne pour Google). Une compagnie est adulée (Apple) et un autre (Microsoft) non. Elles ont créé ces environnements numériques, par conséquent, elles peuvent décider des règles qui s’y appliquent. Cependant, une compagnie a compris un principe fondamental : pour pouvoir maintenir la faveur du public il faut s’assurer d’avoir l’air d’être juste et légitime. On peut même dire qu’il s’agit d’une question politique.
Si les plateformes sont des territoires, les utilisateurs sont des sujets. Évidemment, comme ces derniers utilisent les services de compagnies privés, ils ne peuvent pas prendre part à la gestion de l’État. La logique voudrait qu’ils votent avec leur argent et qu’ils utilisent d’autres services s’ils ne sont pas contents. Toutefois, comme les industries technologiques se caractérisent par une forte propension au verrouillage [2] et que le coût de changer est prohibitif, il est plus probable de voir des mouvements de rébellion (piratage) que de désertion [3]. Cependant, même un État autoritaire peut rester dans les bonnes grâces de ses citoyens et tirer avantage de sa position sans se mettre le peuple à dos.
D’abord, les citoyens-utilisateurs sont beaucoup plus enclins à aimer un monarque bienveillant qu’un tyran. Par exemple, Microsoft détient un monopole dans le marché des systèmes d’exploitation. Cependant, elle a abusé du pouvoir que lui conférait sa position. Sa politique du «infiltrate, extend, exterminate» [4] a fait particulièrement mauvaise presse. Cette politique n’était pas « justifiable » aux yeux des utilisateurs. Le régime se souciait plus de son bien-être que celui de ses citoyens. Par conséquent, il est tombée en disgrâce.
Ensuite, un gouvernement doit améliorer le sort son peuple. Prenons l’exemple de la Chine. Suite aux événements de Tiannanmen, le parti communiste a passé un accord avec le peuple chinois : si il le laisse gouverner, elle s’engage à améliorer sa situation [5]. Jusqu’à maintenant la stratégie a fonctionné même si elle exerce un contrôle sans merci sur sa population. Il existe aussi un exemple dans l’industrie des nouvelles technologies. Apple a à sa tête un homme qui veut tout contrôler. La compagnie se réserve même le droit de retirer les applications qu’elle désire des iPhone de ses clients [6]. Cependant, cela n’a pas entaché sa réputation, car ses utilisateurs sont extrêmement satisfaits des produits que Steve Jobs leur offre et lui font confiance. La compagnie se trouve dans le top cinq des compagnies les plus respectées au monde[7].
Finalement, une compagnie doit répondre aux besoins de ses utilisateurs. La renaissance d’Apple est due en grande partie au fait qu’elle a suivi une tendance (téléchargement de MP3) et offert un produit adapté, le iPod. Similairement, Google a facilité la vie des internautes avec ses services qui sont simples à utiliser.
Être « méchant » n’est pas une question de taille, mais de position. Ainsi, si Google utilise son influence pour offrir de meilleurs services elle pourra rester fidèle à son mantra. Cependant, si elle se met à freiner l’innovation ou à imposer des choix à ses utilisateurs, elle risque de voir son image publique chuter ce qui, à moyen terme, pourrait se répercuter sur sa valeur.
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[1] DOJ lays out concerns to Yahoo and Google, no lawsuit threats yet. CNET 23 septembre 2008. http://news.cnet.com/8301-1023_3-10049280-93.html
[2] Varian, Hal et al., 2004. The Economics of Information Technology. Cambridge Universiry Press
[3] Third of Software pirated. Finacial Times – 15 mai 2007. http://www.ft.com/cms/s/0/a35e86e6-0300-11dc-a023-000b5df10621.html
[4] US Department of Justice Proposed Findings of Fact – Revised. En ligne. http://www.usdoj.gov/atr/cases/f2600/v-a.pdf, p. 266
[5] http://web1.cenet.org.cn/upfile/32727.doc
[6] Apple can kill iPhone Apps. Digital Trends. 12 août 2008. http://news.digitaltrends.com/news-article/17531/apple-can-kill-iphone-apps
[7] Worlds more reputable. Financial Post. 12 juin 2008. http://www.financialpost.com/news/story.html?id=582942
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