Keynésianisme, krach, demande agrégée, 2.0…Pourquoi tous ces grands mots compliqués?
Chaque crise économique possède ses propres particularités et entraîne ses propres conséquences. Les crises économiques les plus célèbres sont les crises agricoles du 18ème et 19ème siècle, le Krach boursier de 1929, les crises pétrolières de 1974 et 1979, le krach du Dow Jones de 1987 et enfin, le krach des Dotcoms de 2000. Je ne vais pas ici faire l’analyse de chaque crise, mais je vais plutôt vous parler du développement de la science économique après 1929 et comment ces notions peuvent nous guider à comprendre le krach de 2000. Pour terminer, je vais vous donner mon opinion sur les investissements massifs dans le monde du 2.0.
John Maynard Keynes (1883-1946) est à mon avis, le plus grand économiste de tous les temps. Keynes a écrit des centaines d’ouvrages traitant de sujets de toutes sortes; on pourrait y consacrer toute une vie à étudier ce personnage fascinant. Le plus célèbre de ses ouvrages fut sans doutes La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie. Dans cette œuvre, Keynes remet en question la théorie économique classique suite au Krach boursier de 1929.
La théorie classique énonce que l’offre agrégée (composée du capital, du travail et de la technologie) est le seul déterminant du niveau de richesse dans un pays. Essayez d’imaginer l’offre agrégée comme étant l’offre globale d’un pays. La théorie classique stipule que lorsque qu’il y a un problème au niveau de cette offre, il y a récession. Keynes nous dit plutôt le contraire; c’est la faiblesse de la demande agrégée qui est à l’origine des ralentissements économiques. À l’aide de politiques économiques, l’État doit intervenir afin de réguler les forces du marché. Bref, selon Keynes, il y a récession lorsque la demande est mal anticipée au niveau des firmes.
Mais alors, à quoi sert cette petite leçon d’histoire dans un contexte de commerce électronique? Il est important de comprendre les raisons pour lesquelles le krach de l’an 2000 a eu lieu avant de poser quelconque hypothèse sur un éventuel éclatement d’une bulle concernant le Web 2.0. Bien que le contexte technologique soit radicalement différent entre 1929 et 2000, les mécanismes expliquant cette crise peuvent facilement être compris via la théorie de Keynes. Encore une fois je reprends une phrase de Hal Varian : Technology changes, economic laws does not.
Il n’existe pas une seule explication pour comprendre le krach des Dotcoms. Cependant je suis d’avis avec ce que Zhu Wang avance dans son papier Technological Innovation and Market Turbulence : The Dot-com Experience. Remettons-nous dans le contexte des années 90. L’informatique battait à son plein; les inscriptions dans les programmes d’étude explosèrent, l’Internet nous ouvrait des nouvelles portes, le bug de l’an 2000 etc. Les investisseurs quant à eux étaient ravis du potentiel qu’offrait Internet au niveau des marchés mondiaux : l’élimination d’opérations physiques, coûts d’entrés très bas, élargissement du marché accessible, coûts de menus très faibles, achats 24/7…bref tout semblait indiquer que le commerce électronique était LA révélation du siècle.
Transposons cette situation dans le modèle keynésien. On croit à la croissance du e-commerce et on y investit massivement à la fin des années 90. L’offre agrégée est accrue. Par contre, qu’en est-il de la demande agrégée? L’accès au marché mondial devrait nous garantir une demande très forte non? Oups! Ce ne fut pas le cas malheureusement. Tel qu’explique M. Wang, le marché était (et est encore) trop jeune. Bien des mécanismes restaient à être élucidés et les entreprises virtuelles ne furent par aussi profitables que prévu. Tout comme en 1929, les firmes avaient mal anticipé la demande et ont offert beaucoup trop au niveau macro. Lorsqu’est venu le temps de payer les factures, les coffres étaient vides, bien des portes se sont fermées et le Nasdaq a perdu 78% de sa valeur.
Finalement peut-on faire un parallèle entre l’avant Krach de 2000 et la montée de la popularité du Web 2.0? À mon avis non, pour deux raisons. Premièrement, la majorité des coûts générés sur les sites de User generated content sont assumés par les utilisateurs eux-mêmes. Ce sont eux qui créent les données et ce, la majorité du temps gratuitement. Donc les rôles sont en quelque sorte inversés; ce sont les entreprises qui demandent et les utilisateurs qui offrent. Deuxièmement, vu l’importance des effets de réseau et de lock-in dans ces communautés virtuelles, je doute de l’apparition de milliers de sites de ce genre.
Cependant, je crains un problème financier si la deuxième hypothèse n’est pas respectée. Spécialement dans un contexte où le modèle d’affaire des sites Web 2.0 se base essentiellement sur la vente de données d’utilisateurs. Encore une fois une hausse massive de l’offre (de données personnelles) nous conduirait à une sur-estimation de la demande (les entreprises). En conclusion, on retrouverait la situation décrite plutôt; ce krach aurait ses propres particularités, mais les mécanismes pouvant l’expliquer seraient les mêmes.
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