ABC, introduction au marché de l’aviation chinoise

Avec l’entrée de la Chine sur le marché des avions moyen courrier prévue pour 2014 (1), le combat entre les deux constructeurs occidentaux risque de perdre de l’ampleur. Si les commandes se sont maintenues en 2009 pour Airbus et Boeing malgré la récession globale, il semble que cette situation cache une crise à retardement pour les deux grands (2). Face à un marché occidental en perte de vitesse (3), le marché chinois représente l’opportunité majeure des prochaines décennies dans le secteur de l’aéronautique. Avec une progression du trafic des voyageurs de 20% à 30%, les agences chinoises auraient besoin d’environ 2000 jets dans les vingt prochaines années (4). Un marché à la fois convoité et protégé…

En sachant que la Chine exige un transfert technologique à chaque fois qu’elle achète un avion, quelle est la stratégie la plus avantageuse pour les deux occidentaux : vendre des avions ou perdre le marché chinois ?

Si A (Airbus) ou B (Boeing) vend ses avions à C (Comac, Chine)

Dans le contexte actuel, la Chine a un pouvoir de négociation très élevé (5). Elle sait que son marché intéresse les deux grands constructeurs occidentaux, dont les commandes commencent à stagner en Europe et aux Etats-Unis (6). En outre, la Chine a centralisé toutes ses agences de voyage en quatre grands groupes, qui bénéficient donc de la force de l’Etat pour négocier.

A première vue, en tant qu’acheteur, la Chine est dépendante de la décision de vendre ou de ne pas vendre des constructeurs européen et américain. Ici, les joueurs ont accès à toute l’information. En théorie, Airbus et Boeing seraient donc favorisés dans leur décision. Sauf qu’ici, le gain est désavantageux à long terme, car les Chinois préparent un avion directement concurrent des A320 et B787, le C919.

La Chine sait également que les marchés occidentaux sont en voie de décroissance, et peut attendre l’essoufflement d’Airbus et de Boeing. Le facteur temps dans ce jeu a donc un rôle primordial, d’autant plus sur ce marché où le produit est livré en moyenne cinq ans après la commande.

La Chine bénéficie d’un autre facteur en sa faveur : la situation de duopole en Occident. Elle peut faire jouer la concurrence entre les deux grands, pour tirer les meilleurs prix. Une situation qui bénéficie en passant au nouveau né de l’industrie aéronautique chinoise, dont les prix seraient 10% moins chers que ses concurrents occidentaux.

Si A ou B ne vend pas ses avions à C

La Chine développerait son industrie quoi qu’il arrive. Le C919 est en cours de fabrication. Il devrait voler en 2014 irrésistiblement.

A et B doivent s’entendre pour jouer contre C

On observe ici que le duopole historique entre Airbus et Boeing est néfaste dans les négociations avec la Chine. Une stratégie possible pour les deux grands serait de s’entendre pour bloquer leurs prix. Dans un système où la Chine accède de toute façon à la technologie, ce serait pour eux le moyen de la vendre au prix le plus fort.

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La Chine est donc en position dominante par rapport à Airbus et Boeing. Même s’il lui manque des compétences pour développer son industrie, elle a à la fois le pouvoir de les attendre et les forces de les développer elle-même.

Si Airbus et Boeing ne se mettent pas d’accord pour atténuer les effets néfastes de leur situation de duopole, ils ne pourront pas échapper à la guerre des prix avec le constructeur chinois, qu’ils avaient toujours évitée jusqu’ici dans leur duel.

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(1) Sur le lancement du C919 chinois : http://www.ambafrance-cn.org/Le-C919-un-futur-concurrent-chinois-pour-Airbus-et-Boeing.html

(2) Sur les difficultés à prévoir pour Airbus et Boeing : http://www.lesechos.fr/info/analyses/020165840303-airbus-et-boeing-face-au-risque-d-une-crise-a-retard-ement.htm

(3) Je vous réfère au billet d’Ousmane, sur les difficultés des compagnies de transport British Airways et Iberia : http://www.economie-numerique.com/la-fusion-entre-les-compagnies-aeriennes-british-airways-et-iberia/

(4) http://www.lefigaro.fr/societes/2009/09/09/04015-20090909ARTFIG00300-le-c919-chinois-veut-bousculer-le-duopole-airbus-boeing-.php?mode=commentaires)

(5) La situation se reproduit avec les casinons de Las Vegas : http://www.economie-numerique.com/diversification-des-hotels-de-las-vegas-qui-y-gagne-vraiment/

(6) Sur la stagnation du marché : http://www.usinenouvelle.com/article/airbus-survole-boeing-a-tres-basse-altitude.164217)

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