La fusion entre les compagnies aériennes British Airways et Iberia

Nous schématisons ici un jeu stratégique i.e. un ensemble de règles encadrant ou contraignant le comportement des joueurs et déterminant les gains de ces derniers sur la base des actions entreprises. Ces règles préciseront par exemple qui pose une action en premier vs en deuxième dans un jeu « asynchrone » (par opposition à « simultané ») ou encore, diront « quelle utilité chaque joueur retirera à la fin du jeu pour chaque combinaison de choix possibles[1].

Replaçons cette alliance dans le contexte de la crise économique actuelle. Les deux joueurs sont affectés. Nous voulons dans le présent travail modéliser la situation à partir de la théorie des jeux. Voici les faits actuels:

British Airways (joueur A) souffre d’un gros déficit au niveau de son fonds de pension (chiffres évalués mais non communiqués à ce jour). A jouit d’une forte position entre l’Europe et l’Amérique du Nord et est valorisé à 2,76 milliards d’euros.

Iberia (joueur B) se réserve le droit de se retirer du contrat si le déficit devait être plus élevé que le montant estimatif avancé par les analystes : 3,36 milliards d’euros. La plus grande compagnie aérienne d’Espagne met en avant depuis le mois d’Avril (2009) sa préparation à réduire ses effectifs et geler les salaires avec des mesures de départs anticipés à la retraite. B a des activités importantes en Amérique latine et vaut 2,13 milliards d’euros.

Dans les deux cas pris individuellement, on est dans une impasse. Le « mariage de raison » précipité par la crise économique donnerait naissance à un géant de l’industrie évalué à 4,7 milliards d’euros (ne dépasse pas encore Air France – KLM). Nous pouvons voir la situation comme un jeu séquentiel (B joue en deuxième position) à information parfaite. Notre jeu est le suivant : A « joue » dans un premier temps et à l’issue de ce jeu seulement, nous savons si A remplit les conditions posées par B pour accepter le partenariat. Le partenariat est la finalité la plus bénéfique pour A comme pour B. En pratique évidemment, si le partenariat nécessaire à la survie de chacun des deux joueurs n’est pas conclu, chacune peut s’allier alternativement avec un des autres joueurs dans l’industrie aérienne. Supposons, pour schématiser, que les seules options possibles soient :

1)      Qu’il y ait fusion (que A remplisse les conditions ou non), ou

2)      Que chaque joueur demeure en solitaire (que A remplisse les conditions ou non).

Voici alors notre schéma :

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Les paiements : il s’agit des gains tirés par chaque partie suite au déroulement intégral du jeu. Nous avons la donne suivante : « Les actionnaires de B.A détiendront 55% de la nouvelle compagnie, ceux d’Iberia 45% »[2] soit des valeurs respectives de 2,585 et 2,115 milliards d’euros. Nous avons un équilibre de Nash (2.6, 2.1) et voyons que même si les conditions ne sont pas totalement remplies, B a quand même intérêt à accepter même si la valeur de la fusion serait revue à la baisse. Autrement, dans un environnement A ne peut fusionner qu’avec B et inversement, les deux joueurs sont voués à l’échec (0, 0) c’est à dire au dépôt de bilan dans toute option à issue individualiste.


[1] La théorie des jeux et les outils d’analyse des comportements stratégiques, Thierry Pénard, 2004 http://perso.univ-rennes1.fr/thierry.penard/biblio/manueljeux.pdf

[2] http://fr.finance.yahoo.com/actualites/iberia-et-british-airways-annoncent-un-accord-de-fusion-reuters_molt-028729dfae3f.html?x=0

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