Le concept de longue traîne est-il mesurable dans l’industrie de la musique ?
Posted by Mehdi jakani on novembre 7th, 2007
Le cas de l’industrie de la musique par rapport au concept de la longue Traîne est bien particulier.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons tout d’abord que ce concept stipule que 20% des produits les plus populaires représentent 80% des ventes et que les 80% des produits restants enregistrent le 20% des ventes à combler.
Ce qui fait la particularité de cette loi par rapport à la loi de Pareto, est que selon Chris Anderson, la somme des ventes des produits les moins populaires ou de niche (le 80% du graphique) devrait égaler les revenus de la vente des produits populaires (le 20% du graphique). La longue Traîne représente donc les ventes (la densité) de tous les produits les moins populaires. Il ajoute également que les facteurs clés de succès pour les ventes de tout produit de la longue Traîne sont le faible coût de stockage et de distribution de ces produits.
L’industrie de la musique subie présentement d’importantes métamorphoses sur le plan des modèles d’affaire et de la distribution.
Auparavant, le concept de longue Traîne était difficilement mesurable puisqu’à l’ère du vinyle, de la cassette audio et du CD (support physique), l’industrie de la musique était principalement tenue par les quatre sœurs : Sony BMG, Emi, Warner et Universal. On peut comprendre qu’à l’ère pré-numérique seuls les artistes traitant avec ces maisons de disques bénéficiaient d’une force de distribution et de marketing nécessaires à faire connaître leurs œuvres au grand public. Le 20% des artistes les plus populaires réalisaient donc 80% des ventes de l’industrie. Les autres artistes, moins connus ou aillant un style musical inclassable appartiennent donc à la longue Traîne. Ils devaient compter sur eux-mêmes pour vendre leur CDs ou faire affaire avec des labels indépendants pour rejoindre leur audience qui peut être qualifiée de niche (rappelons-nous les années Smurf, Trip Hop ou le Rap à son début). Les ventes aux niches à cette époque étaient difficilement mesurables puisqu’elles empruntaient des canaux de distribution le plus souvent des cas « underground ».
Aujourd’hui, l’ère numérique est bien en place, le concept de longue Traîne prend tout son sens. En effet, avec la musique distribuée sous format numérique, les coûts de stockage et de distribution sont quasi-nuls (mémoire dans les serveurs et canaux virtuels). On assiste à l’émergence des artistes de la longue Traîne parallèlement au déclin des maisons de disques (bris de contrat des artistes populaires, de moins en moins de profits). Pandora est l’exemple parfait illustrant l’effervescence des artistes de la longue Traîne. Désormais les artistes les moins connus parviennent à rejoindre les masses par le biais de Web radios favorisant la découverte d’artiste et permettant également l’achat directement en ligne puisqu’il ne s’agit que d’un simple fichier mp3.
Internet multiplia les canaux de distribution virtuels : les sites de téléchargement, le P2P, les Web radios avec chacun ses modèles de revenus. Il semble que l’industrie de la musique est en train de se transformer en une longue Traîne ou le choix artistique relèvera plus du choix des plus mélomanes des consommateurs plutôt que de celui des maisons de disque.
Ce qui demeure rassurant, les ventes de musique numérique sont en train de résorber les importantes chutes des ventes des albums et single CD depuis ces six dernières années . Il est fort à parier que mesurer la globalité de la longue Traîne actuelle de l’industrie de la musique reviendrait à mesurer les composantes de la prochaine génération de l’industrie musicale.







