Réseautage et publicité ciblée : existe-t-il une exception gay sur Facebook ?

1h00 du matin, jeune professionnel, célibataire urbain et overbooké, rentrant tout juste du bureau après une journée harassante, connexion sur Facebook, modification du statut: «Terriblement besoin de vacances !!! ». Au delà des commentaires compatissants de vos amis, vous apercevez le lendemain en marge de votre profil une publicité vous proposant un week-end extrêmement tentant au Gramercy Park Hotel à New-York.

Simple coïncidence ?

« Plus on prête attention aux coïncidences, plus elles se produisent » disait Nabokov. Et il suffit de prêter attention aux publicités présentes sur Facebook, Myspace et autres, pour s’apercevoir que celles-ci tentent, avec plus ou moins de succès, d’être en adéquation avec les informations nous concernant laissées sur ces sites. Un phénomène parfaitement explicable, au coeur d’enjeux stratégiques pour les réseaux sociaux, véritable clé de voute de leur business model, j’ai nommé : la publicité ciblée.

Sexe, date de naissance, origine, orientation sexuelle …. tout y est sur des profils tels Facebook, jusqu’au moindre détail ! Une véritable mine d’or à la portée des annonceurs qui ont su tirer profit de la capacité de réseautage de l’internet ; rien ne leur échappe, pas même vos états d’âme. Comme l’a très justement souligné François Allard dans son post intitulé « La difficulté de rentabiliser les réseaux sociaux » : «Ces informations permettent aux publicitaires d’atteindre un niveau de précision unique dans leurs campagnes publicitaires» (1).

Cela dit, si la manipulation des telles données reste la marque de fabrique des réseaux sociaux et leur valeur ajoutée aux yeux des publicitaires, il n’en reste pas moins que le traitement des informations les plus sensibles est aujourd’hui étroitement surveillé par les autorités compétentes en la matière.

Cela expliquerait la décision prise par Facebook d’écarter l’orientation sexuelle des critères mis à la disposition des annonceurs souhaitant cibler un public particulier.

En effet, selon Yagg.com, nouveau media gay et lesbien sur internet, « depuis quelques semaines, sur Facebook, un seul critère de sélection pour cibler les publicités n’est plus disponible: la préférence sexuelle (”hommes intéressés par hommes” et “femmes intéressées par femmes”). » (2)

Facebook chercherait-il ainsi à se conformer à l’avis émis le 12 juin 2009 par le G29 (3), groupe des Commissions Nationales Informatique et Libertés (CNIL) européennes, précisant les règles applicables aux réseaux sociaux en matière de protection des données personnelles.

Interrogé par Yagg.com, Gwendal Le Grand, chef du service expertise informatique de la CNIL française, a estimé que cette décision prise par Facebook l’a été en réponse aux « pressions du G29, le groupe européen, présidé par Alex Türk, le président de la Cnil, chargé de faire respecter la directive sur le traitement des données sensibles: opinions politiques et philosophiques, religion, orientation sexuelle ».

Si le magazine Yagg se félicite du revirement opéré par Facebook et voit dans cette initiative un excellent moyen de lutter contre « le fichage » des homosexuels, toujours est-il que la communauté gay restera très courtisée par les annonceurs et donc son comportement, sur les réseaux sociaux et ailleurs, toujours analysé car jugé comme prescripteur de tendance.

Références :

(1) http://www.economie-numerique.com/la-difficulte-de-rentabiliser-les-reseaux-sociaux/

(2) http://www.yagg.com/2009/09/01/les-homos-ne-sont-plus-cibles-par-les-pubs-facebook-en-france-543/

(3) http://www.cnil.fr/la-cnil/actu-cnil/article/article/70/le-g29-precise-les-regles-applicables-aux-reseaux-sociaux/

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2 Commentaires »

 
  • Patrice says:

    Bonjour,
    j'ai lu avec intérêt votre article documenté. Une réflexion : je pense que Facebook est un écosystème qui va s'auto-réguler sur le mode "trop d'intrusion = agression= diminution du nombre d'utilisateurs). En gros, le problème ne trouvera pas sa solution dans un dispositif légal mais dans une sanction par les utilisateurs qui migreront vers des réseaux sans publicité et donc des réseaux qui seront payants. Ce modèle payant pourrait d'ailleurs être une option pour Facebook ( le fameux modèle Freemium). D'accord avec ça ?

  • Abdelkader says:

    Probablement, cela dit aujourd'hui Facebook semble vouloir diversifier ses sources de revenus, la publicité restera certainement le nerf de la guerre mais la multiplication des accords avec des partenaires stratégiques (tel récemment lala.com pour la vente de musique en ligne) assurera probablement à Facebook une assise financière importante qui lui éviterait de devoir opter pour ce fameux modèle Freemium.

 

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